Rencontre avec Sylvie Moisy, Responsable support technique PAPI et formation « solutions clients »

Unstoppable met en lumière les histoires inspirantes de femmes dans l’industrie. Grâce à cette série, ABB entend sensibiliser le public à l'importance de la diversité et de l'intégration, et encourager davantage de femmes à faire carrière dans les domaines des sciences, technologies, ingénierie et mathématiques.

1. Parle-nous de ton parcours : quelles études as-tu suivi et pourquoi ce choix ?

J’ai suivi une filière technique dès la seconde au lycée. Mes professeurs étaient d’ailleurs très surpris à l’annonce de mon souhait d’orientation. Il est vrai que les filières étaient assez genrées : les garçons suivaient la branche technique plutôt que littéraire ou biologie par exemple et vice-versa pour les filles, c’était ainsi.

Mon choix d’aller en cursus technique était délibéré car je suis curieuse de nature, j’aime fabriquer des choses et comprendre comment cela fonctionne. De plus, j’ai grandi avec 5 frères donc lorsqu’un atelier « réparation vélos » était proposé à la maison, il s’adressait à tous : tout le monde participait. J’ai toujours baigné dans un univers assez masculin (bricolage etc…) ce qui a fortement développé mon appétence pour la partie technique.

Dans mon lycée technique, je me souviens que sur les 150 élèves de seconde, nous n’étions que 8 filles en seconde et seulement 3 en terminale. Le ratio était d’ailleurs quasi identique pendant mes études supérieures universitaires de physique à Caen. Je pense qu’il s’agissait d’une question de choix d’orientation plutôt que d’acceptation : à l’époque, les branches techniques n’attiraient pas les filles. Même si ce n’était pas affiché ouvertement, les débouchés métiers étaient plus difficiles pour les femmes.

Une fois la filière intégrée, il fallait tout de même montrer sa légitimité et parfois faire face à quelques réflexions machos. C’est sans doute la première année (seconde) qui a été la plus difficile dans mon parcours car il a fallu m’imposer, montrer ce que je savais faire et ce que je valais – même inconsciemment – pour m’intégrer dans le groupe. Avec le recul, je dirais que cela a développé ma ténacité et décuplé ma motivation.

2. Qu’est-ce-qui t’a conduite à travailler chez ABB ? Et plus particulièrement à occuper ce poste ?

À ma sortie d’études, j’ai candidaté à un poste de formation. La responsable RH qui m’a reçue en entretien ne m’a pas caché que le public était essentiellement masculin. Elle m’a beaucoup questionné sur mes motivations : « Êtes-vous sûre de vouloir occuper ce poste ? » etc…J’ai finalement refusé l’offre. Les recruteurs étaient surpris, car de leur côté ils avaient retenu ma candidature et souhaitaient travailler avec moi. Un autre profil a donc été sélectionné pour le poste initial et je me suis vue proposée une fonction de support vente & technique. C’est ainsi que j’ai commencé le 7 janvier 1987 au sein de Meci représentante du Groupe Combustion Engineering en France, racheté trois ans plus tard par ABB.

Le monde de l’automation était nouveau pour moi et je me suis beaucoup questionnée au départ sur mon envie de continuer ou non dans cette voie. En fait, je me suis mise des barrières mentales qui n’avaient pas lieu d’être. Car je n’ai rencontré strictement aucun problème que ce soit au niveau technique ou du point de vue de mon intégration dans une équipe principalement masculine.

J’ai ensuite évolué vers d’autres fonctions (projet, formatrice) avant d’être nommée en tant que responsable formation « solutions clients » pour le compte de deux entités de la division Process Automation d’ABB. C’est une fonction que j’occupe toujours et à laquelle s’est ajoutée en 2020 la responsabilité du support technique ABB Process Industries en France.

3. Quels points forts as-tu apporté à l’entreprise et à ta fonction ? Quels sont tes atouts professionnels ?

Ce n’est pas une question facile.

Je dirais que mes points forts sont :

  • L’apprentissage en continu de nouvelles techniques et outils dans le but d’acquérir de nouvelles compétences et les mettre au service des autres.
  • La créativité : pour essayer de trouver des solutions innovantes dans mon métier de formation notamment.
  • Le partage. Je suis régulièrement sollicitée pour mon expertise sur des projets Groupe et j’ai de nombreux échanges avec les différentes équipes formation au niveau Global.
  • Mon côté « posé », calme. Cela peut aider pour les sujets de réflexion ou dans un groupe pour apaiser les éventuelles tensions.

Si je devais faire un parallèle avec l’un des témoignages client de la campagne ABB Unstoppable, ce serait avec celui de Chithra Sharma (TATA Steel). Son parcours m’a rappelé directement certaines situations auxquelles j’ai été confrontée dans le cadre de mes fonctions et mes études :

  • au lycée, en travaux pratiques nous travaillions en atelier sur des machines-outils et la question s’était posée d’avoir des vestiaires séparés pour se changer car cela n’existait pas alors. Nous [les filles] allions donc dans les dortoirs voisins des internes pour enfiler la tenue de travail.
  • ou lors d’interventions sur site par exemple pour la formation, il n’y avait bien souvent pas de toilettes pour les femmes à proximité directe, il me fallait donc obligatoirement traverser tout le site pour me rendre dans le bâtiment administratif.

4. Quels sont les principes ou idéaux les plus importants que tu suis et défends dans ton travail et dans la vie (par exemple, l'égalité, la durabilité, l'équité, la curiosité) ?

L’égalité, c’est sûr. La curiosité aussi. Il faut être curieux, c’est le secret pour ouvrir le champ des possibles. Cela permet de trouver des solutions innovantes qui peuvent avoir un intérêt pour l’entreprise.

Si on se réfère aux piliers d’ABB, je dois dire que je me reconnais complètement dans les valeurs partagées et notamment le CARE. Pour moi, avoir un regard bienveillant c’est important : ce n’est pas parce qu’on fait face à d’autres idées ou une autre culture que le message n’est pas intéressant. Je pense que ces principes-là font partie de notre ADN quand on rejoint ABB. Ils se ressentent dans le travail au quotidien.

Dans le cadre de mes fonctions, sur le plan technique, j’ai formé et dirigé presque exclusivement des hommes et je trouve cela dommage. Selon moi, avoir une femme dans l’équipe permet d’avoir une autre vision sur la résolution de problème par exemple. Tout le monde a sa place. Chacun apporte sa vision, son expérience, son ressenti.

Mais je pense que cette situation était encore plus contrastée pour la génération d’avant. Dans mon premier travail, ma responsable cellule technique et commerciale était une femme et je suppose que cela a dû être beaucoup plus difficile pour elle de s’imposer à son époque.

5. Partages-tu ces convictions avec les autres pour qu'ils comprennent pourquoi elles sont importantes ? Si oui, comment ?

Oui. Egalité, bienveillance et curiosité sont les convictions que je partage avec mon équipe. C’est un travail au quotidien : creuser des sujets, laisser la possibilité d’approfondir ou encore alimenter de nouvelles idées. Je laisse les membres de mon équipe façonner les projets.

J’aime aussi proposer des thèmes « out of box », pour les aider à la réflexion. Je les incite souvent à m’expliquer ce qu’ils font pour les questionner sur leurs pratiques et voir les problèmes sous une autre perspective.

6. Quelle est ta plus grande réussite à ce jour ?

Je suis fière de mon équipe. Nous avons une bonne entente, de la confiance et cela fonctionne bien.

Chacun apporte et partage ses compétences. Ce n’est pas la réussite de quelqu’un, mais de tous. Et tous sont très engagés dans leurs activités.

7. Les femmes sont généralement moins nombreuses à travailler dans les entreprises industrielles/technologiques ; quelle a été ton expérience ? Penses-tu que les choses évoluent dans le bon sens ?

Cette tendance se remarque très nettement dans mon activité. Si je devais compter globalement le nombre de femmes avec qui nous avons travaillé sur le volet formation, je ne suis pas sûre d’arriver jusqu’à 10. Je m’adresse essentiellement aux opérateurs, équipes de maintenance et techniciens configuration système. La population est davantage masculine.

Certes, il y a du changement : quand je lis la presse, je vois certaines interviews de femmes à des postes- clés de l’industrie en France, et c’est inspirant. 15% dans le top management ; 30% dans l’industrie. C’est mieux par rapport à ce que j’ai connu au début de ma carrière mais nous pourrions faire encore mieux.

Force est de constater que les métiers de l’industrie n’attirent pas : la filière souffre d’une vision sans doute assez archaïque. Peu de femmes postulent alors que pourtant ce sont des métiers intéressants. L’industrie s’est modernisée en profondeur avec la digitalisation par exemple. Il n’y a pas de raison pour que ces métiers n’attirent pas plus de jeunes filles.

ABB mène régulièrement des actions au niveau des écoles pour rencontrer des alternants potentiels et présenter nos solutions digitales. Il est important de continuer à dire que nos métiers sont à la pointe de la technologie et ouverts à tous et à toutes.

8. Que conseillerais-tu à d'autres jeunes femmes de faire pour poursuivre une carrière dans une entreprise industrielle/technologique ?

Je leur conseillerais de ne pas avoir peur, déjà. Nos métiers sont vastes, il existe de multiples opportunités et il y en a pour tous les appétits : que ce soit la technique, ou encore le support qu’on peut apporter aux clients. Les possibilités de se former, d’évoluer et de comprendre ce qui nous entoure sont nombreuses.

Je leur dirais également qu’il faut croire en soi et ne surtout pas se faire influencer par les stéréotypes. Dès lors que ta candidature est retenue pour un poste, c’est que tu as une légitimité. Il n’y a pas à douter, il faut simplement se lancer. Qui ne tente rien n’a rien !

9. Qu'est-ce qui te rend Unstoppable* ? (inarrêtable)

Ce qui me porte aujourd’hui, c’est d’être dans une équipe où règne la confiance. C’est un socle solide qui permet d’entreprendre et tester plus facilement des choses innovantes. Il ne faut pas avoir peur de se tromper, mais au contraire il faut oser et essayer. Pour moi, c’est le pilier de confiance qui nous rend Unstoppable. Et dans la mesure où nous avons faim d’apprendre et de créer des choses, nous sommes au bon endroit. Je me plais dans ce groupe. Et si c’était à refaire, je suivrais le même parcours, à l’identique, sans regret.

Merci à Sylvie pour son témoignage.

Sylvie Moisy à ses débuts chez ABB (archives personnelles)
Sylvie Moisy à ses débuts chez ABB (archives personnelles)
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