À chaque Journée de la Terre, les Canadiens et les populations du monde entier se voient rappeler qu’un avenir sobre en carbone ne repose pas seulement sur la définition d’objectifs ambitieux, mais aussi sur le déploiement de technologies concrètes qui traduisent les politiques en actions mesurables. Bien que le Canada se soit fixé des objectifs climatiques clairs pour 2035 et 2050, et que des progrès significatifs soient déjà en cours, le moment est venu de renforcer la collaboration mondiale et de créer une dynamique commune. Nous avons une occasion unique de tirer parti de ces progrès en modernisant la manière dont les émissions industrielles et d'autres facteurs environnementaux sont mesurés et gérés afin de mieux comprendre leurs impacts concrets.
Lorsque les données sont plus précises, l'action climatique s'accélère. Le Canada est bien placé pour jouer un rôle de premier plan dans la mise en œuvre de changements positifs en faveur de la transition climatique mondiale.
La mesure comme accélérateur manquant
Les secteurs industriels représentent environ 37 %¹ des émissions totales du Canada, et les systèmes de déclaration actuels reposent principalement sur des rapports annuels qui reflètent souvent des activités passées. Si ces dispositifs sont essentiels à la transparence, ils ne permettent toutefois que de donner un aperçu limité de la situation en temps réel. Des mesures plus fréquentes et plus détaillées pourraient contribuer à combler cette lacune.
À mesure que les attentes mondiales évoluent, en particulier dans des cadres tels que la Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD)2, sur les rapports sur le développement durable, qui nécessite des données plus immédiates et vérifiables, l’infrastructure de mesure devient rapidement à la fois un atout climatique et une source de compétitivité économique.
« Le renforcement des outils numériques et des capacités de données sera essentiel pour garantir que le Canada continue à être le leader en matière de durabilité, d’innovation et de performance industrielle », a déclaré Jean-René Roy, directeur du secteur d’activité mondial pour la division Mesures et analyses d’ABB Canada. « À mesure que les attentes en matière de reporting deviennent de plus en plus immédiates et précises, des données fiables sous-tendront de plus en plus la crédibilité environnementale et la réussite commerciale. »
Transformer les engagements en résultats
À travers le Canada, les gouvernements et les entreprises ont fait preuve de leadership en fixant des engagements crédibles et fondés sur la science. Ces objectifs sont ambitieux et prospectifs. Leur impact augmente considérablement lorsqu’il est soutenu par des mesures robustes et transparentes.
Une meilleure visibilité permet un changement tangible. Les efforts de réduction du méthane, par exemple, s’accélèrent lorsque les technologies de détection avancées établissent des niveaux d’émissions de base crédibles et que la surveillance en temps réel permet d’identifier et de traiter immédiatement les fuites, transformant ainsi la gestion du méthane des rapports périodiques en action continue.
Les performances opérationnelles s’améliorent parallèlement aux résultats environnementaux. Les installations qui peuvent rapidement identifier les pertes d’énergie ou les indicateurs précoces de dégradation des équipements sont mieux placées pour réduire les déchets, améliorer la fiabilité et renforcer la résilience. De cette manière, une meilleure mesure soutient à la fois les réductions d’émissions et les performances commerciales.
Les investissements de décarbonisation sont plus solides lorsque leur impact peut être mesuré. Lorsque les organisations sont en mesure de quantifier les performances en matière d’émissions avant et après la mise en œuvre, l’analyse de rentabilité devient plus claire, plus crédible et plus facile à mettre à l’échelle. Les projets pilotes de capture, d’utilisation et de stockage du carbone (CCUS) ont déjà validé des hypothèses critiques de conception et d’exploitation, accélérant ainsi le passage aux installations à l’échelle commerciale en cours. Lorsqu’elle est associée à des usines de transformation des déchets en énergie, CCUS a le potentiel de réduire considérablement les émissions nettes tout en soutenant des opérations économiquement viables et à long terme.
Sur les marchés financiers, cette distinction est importante. Les investisseurs s’attendent de plus en plus à ce que des données d’émissions transparentes et vérifiées soutiennent la prise de décision ESG. En termes simples, ce qui est mesuré est financé, et les entreprises canadiennes qui peuvent démontrer des réductions d’émissions vérifiées seront mieux placées pour attirer un financement aligné sur le climat.
Pourquoi cela est important maintenant
L’urgence autour de la mesure augmente. Les performances environnementales ne sont plus évaluées uniquement par le biais d’engagements à long terme ou de rapports annuels sur la durabilité. Les acheteurs sur les marchés réglementés exigent une plus grande transparence sur l’ensemble des chaînes d’approvisionnement, et l’intensité des émissions devient une condition d’accès au marché plutôt qu’une considération de réputation.
Le Canada entre dans ce moment avec des avantages significatifs. Une expertise approfondie dans les systèmes industriels, la mesure de précision et l’analyse des données est intégrée dans tous les secteurs critiques, y compris l’énergie, l’exploitation minière, les produits chimiques, la gestion des déchets et la fabrication avancée. Ces capacités permettent aux opérateurs de comprendre non seulement la quantité qu’ils émettent, mais aussi ce qui motive ces émissions, et où les réductions les plus efficaces peuvent être obtenues.
Cependant, la connexion des données d’émissions aux résultats du monde réel nécessite plus que l’observation seule. Cela dépend d’une compréhension approfondie du fonctionnement des systèmes industriels.
« La mesure précise des émissions n’est jamais une taille unique », explique Roy. « Cela dépend de la façon dont les processus industriels fonctionnent réellement, du comportement des équipements, de l’interaction des systèmes et de la manière dont les données peuvent soutenir de meilleures décisions. »
Des émissions aux systèmes terrestres
Cette expertise opérationnelle est de plus en plus enrichie par de nouvelles perspectives. La société basée à Montréal GHGSat, par exemple, peut suivre les émissions de chaque installation à l’aide de satellites équipés de capteurs fabriqués par ABB. La surveillance par satellite ne remplace pas la mesure au sol, mais elle ajoute une couche de vérification indépendante, particulièrement utile pour les actifs importants, distants ou difficiles d’accès.

Tout aussi important, la surveillance spatiale rend les impacts climatiques visibles. En capturant chaque jour des images haute résolution du monde entier, nous pouvons observer comment les émissions se traduisent par de réels changements dans les conditions météorologiques, les sols, l’eau, l’agriculture et les forêts. Cela nous permet de savoir en temps quasi réel si les systèmes terrestres s’améliorent ou se dégradent et, surtout, si nos politiques et nos interventions produisent des résultats. La surveillance du climat ne consiste plus uniquement à suivre ce que nous émettons ; il s’agit de comprendre ce que font ces émissions et de réagir rapidement lorsque les données montrent que nous ne sommes pas sur la bonne voie.
Ensemble, les capacités de mesure industrielles, numériques et spatiales contribuent à combler l’écart entre l’ambition climatique et la réalité opérationnelle, en reliant les données d’émissions plus directement à l’impact environnemental et à une action plus éclairée.
Une approche proactive de la mesure
Malgré ces avancées, de nombreuses installations continuent de s’appuyer sur ce qui constitue un rapport rétrospectif, identifiant les anomalies uniquement après la fin d’une période de rapport. Bien qu’elle soit suffisante pour la conformité, cette approche manque des opportunités d’agir lorsque cela compte le plus.
Un cadre de mesure plus proactif fait passer l’accent du reporting à la prévision. En complément de la surveillance mondiale régulière depuis l'espace, les capteurs en temps réel surveillent en permanence les émissions, la consommation d’énergie et les performances de l’équipement. Les systèmes de surveillance signalent les anomalies au fur et à mesure qu’elles se produisent, ce qui permet une intervention précoce. Les analyses intégrées transforment les données opérationnelles brutes en informations qui soutiennent à la fois les objectifs climatiques et les performances commerciales.
Les organisations qui adoptent des mesures proactives bénéficient souvent d’avantages qui vont au-delà des réductions d’émissions, notamment une réduction des déchets, une meilleure fiabilité des actifs et une plus grande résilience opérationnelle. Dans un environnement mondial concurrentiel, ces avantages sont importants.
Une voie stratégique vers l’avenir
À l’échelle mondiale, la mesure industrielle est de plus en plus considérée comme une source d’avantage concurrentiel. Les entreprises qui peuvent produire des données cohérentes et vérifiables sont mieux placées pour attirer des capitaux et maintenir l’accès aux marchés réglementés. Ceux qui ne peuvent pas le faire doivent faire l’objet d’une surveillance croissante et, dans certains cas, d’une exclusion des chaînes d’approvisionnement.
Les industries canadiennes ne sont pas isolées de ces pressions. Les sociétés minières opèrent dans des juridictions avec des exigences de divulgation variables. Les exportateurs sont de plus en plus attentifs à l’intensité du carbone. Les fabricants répondent aux clients exigeant la transparence des émissions dans toutes les chaînes d’approvisionnement.
Dans ce contexte, le renforcement de l’infrastructure de mesure industrielle n’est plus seulement une considération environnementale, c’est un impératif commercial. L’accélération des investissements dans les systèmes de mesure modernes peut aider le Canada à identifier les réductions d’émissions là où elles sont les plus importantes, renforcer la confiance des investisseurs et améliorer la crédibilité de la politique climatique. Tout aussi important, il positionne l’expertise canadienne en mesure, analyse et optimisation industrielle comme une opportunité d’exportation croissante.
En cette Journée de la Terre, le message est clair. Les mesures industrielles et terrestres en temps réel sont bien plus qu’une simple mise à niveau technique. C’est un catalyseur du leadership climatique, qui transforme l’ambition en progrès mesurables et garantit que la transition du Canada vers une économie à faible émission de carbone est à la fois crédible et compétitive.